Dans Damaged, Paul Grund braque son objectif sur Los Angeles, non comme une usine à rêves ou un décor de cinéma, mais comme une ville déjà détruite. Faisant écho à l'observation désenchantée du photographe Lewis Baltz selon laquelle Los Angeles « a déjà été détruite, puis laissée debout comme un avertissement », l'œuvre se dérobe à la mythologie lisse qui la caractérise habituellement. La caméra de Grund parcourt un paysage fracturé de murs, de ponts et d'une géométrie indifférente, révélant une ville bâtie sur la déconnexion.
Prises presque entièrement depuis une voiture en mouvement, ces photographies sont nées du déplacement et de la contrainte. Pas le temps de composer ni d'attendre ; les images sont saisies par instinct, à l'image des calculs rapides d'un skateur qui décrypte le sol urbain. Il en résulte une succession d'instants oscillant entre reconnaissance et hasard, un rythme visuel qui reflète notre façon d'évoluer dans des villes auxquelles nous n'appartenons pas pleinement.
Le Los Angeles de Grund n'est ni un spectacle ni une ruine, mais un univers d'épuisement. La ville apparaît comme un ensemble de zones autonomes, de façades décolorées par le soleil, de fils électriques enchevêtrés, de clôtures et de limites en béton qui semblent à la fois protéger et exclure. Les visages croisent rarement le regard de l'objectif ; lorsqu'ils le font, ils portent la fatigue de ceux qui demeurent invisibles dans une ville conçue pour être observée.
Couverture : Souple
272 pages
2025
Edité par Paul Grund et Pierre Hourquet