Les photographies de Stephen Gill sont dénuées de sentiment ou d'affectation. Au lieu de montrer le pigeon dans notre monde, elles nous emmènent dans le leur. L'objectif se faufile sous les ponts, se faufile dans les fissures et explore les recoins. Ces images confèrent aux rats volants méprisés cette attribution souvent vantée mais rarement reconnue : leur dignité. Voici des pigeons qui vivent dans un paysage naturel, car, quoi que nous soyons, nous sommes aussi des animaux, et à ce titre, nos bâtiments sont comparables aux terrassements des termites, et nos ponts aux barrages des castors. C'est cette inversion de la vision anthropocentrique qui rend les images de Gill si captivantes, et une autre révélation : gonflants et clignotants, dans la poussière, la crasse, la rouille et le givre, nous apercevons ces êtres mythiques : les jeunes pigeons. Ils sont, comme les renards urbains, les migrants économiques du monde animal : contraints de se réfugier dans les villes pour survivre du mieux qu'ils peuvent, et avant de les condamner, nous ferions bien de nous poser cette question : ferions-nous aussi bien si la situation était inversée ?
52 pages, 200 x 252 mm
Reliure toilée avec couverture sérigraphiée
Nobody Books en association avec l'Archive of Modern Conflict, 2014
Rare